29 mars 2020

Un atout pour la scolarité

Le bilinguisme précoce, comme l’appellent les spécialistes, est un véritable atout pour les enfants qui en bénéficient. Avant 7 ans, cette acquisition de nouveaux langages est spontanée et naturelle et contrairement aux idées reçues, vient renforcer l’acquisition et la maîtrise de la langue maternelle, offrant par la suite des capacités plus importantes notamment dans l’apprentissage des autres langues.

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Pourquoi un bilinguisme précoce ?

Si l’acquisition précoce d’une langue est si importante, c’est parce que son effet positif sur le processus d’apprentissage est nettement plus grand pour un enfant qu’après l’âge de 7 ans. En effet, avant cette âge-là, la mise en place des liaisons synaptiques et des centres nerveux fondamentaux du langage se mettent en place à la faveur d’une, deux, voire trois langues. On ne parle donc pas encore d’apprentissage de la langue mais d’acquisition car l’enfant n’a pas besoin de passer par sa langue maternelle pour acquérir une langue.

Un effet positif global sur la scolarité et l’apprentissage des langues

L’acquisition précoce de la seconde langue ne se fait pas au détriment de la langue première ou maternelle : au contraire, c’est tout à son bénéfice ! Plus il y a de langues, plus le niveau monte !

Il en résulte qu’un enfant bilingue français/basque, par exemple, apprendra plus vite et mieux d’autres langues au collège que son camarade unilingue.

L’avis des spécialistes

P1060409Depuis plusieurs années, Ikas-Bi collabore et consulte de nombreux psycho-linguistes et pédagogues spécialistes du bilinguisme et du plurilinguisme. Pour mieux vous éclairer, vous trouverez ci-dessous quelques extraits de leurs interventions, articles ou interviews abordant le sujet.

  • Marie-Pierre Cohéré, inspectrice de l’Éducation Nationale en charge de l’enseignement bilingue basque-français – Lire la suite…
  • Gilbert Dalgalian, psycholinguiste spécialiste du bilinguisme et plurilinguisme dans le premier degré – Lire la suite…
  • Jean Petit, psycholinguiste « Quelques principes essentiels de l’enseignement bilingue précoce » – Lire la suite…
  • Stéphane Borel, sociolinguiste et chercheur à l’université de Genève, explique l’intérêt de l’enseignement bilingue – Lire la suite…
Marie-Pierre Cohéré, inspectrice de l’Éducation Nationale en charge de l’enseignement bilingue basque-français

Pourquoi mon enfant a-t-il intérêt à entrer en maternelle bilingue basque-français dès son plus jeune âge ?

“Très jeune, il va construire des apprentissages langagiers et linguistiques simultanément en français et en basque sans appréhension et sans a priori pour comprendre et s’exprimer dans deux langues, quelle que soit sa (ou ses) langue(s) maternelle(s). Son « oreille » est amenée à ne pas s’habituer uniquement à une seule langue. Ainsi, son écoute se diversifie. Les linguistes, s’appuyant sur les neurosciences, préconisent l’apprentissage bilingue précoce et démontrent qu’il favorise l’acquisition d’autres langues.”

Quels sont les bénéfices de l’enseignement bilingue ? Pourquoi l’enseignement en basque permet-il un meilleur apprentissage du français ?

“Apprendre à l’école en basque et en français permet d’acquérir des connaissances et des compétences fixées par les programmes d’enseignement et conduit aussi à l’apprentissage de la langue basque (régi par des programmes officiels depuis 2007). Ce double apprentissage implique une stimulation intellectuelle intense et un développement des capacités d’adaptation, de mémorisation et de compréhension des fonctionnements de chaque langue, française et basque, l’enfant procédant par comparaison et analogie, le conduisant à maîtriser très rapidement des concepts abstraits, notamment en grammaire.

Globalement, l’enseignement bilingue favorise la conceptualisation, la symbolisation, la logique, la souplesse intellectuelle et la capacité à résoudre des problèmes. Dans les domaines du français et des mathématiques, les résultats obtenus aux évaluations nationales par les élèves de l’enseignement bilingue – en CE2 et 6e avant 2008, en CE1 et CM2 aujourd’hui – sont largement supérieurs à la moyenne nationale. Cela démontre que l’enseignement bilingue n’altère pas les apprentissages et l’acquisition des connaissances et compétences définies par les programmes nationaux. Bien au contraire.”

Comment suivre le travail de son enfant en basque lorsqu’on n’est pas bascophone ?

“L’apprentissage bilingue est complexe et il est important que les parents s’intéressent au travail de leur enfant afin de l’encourager, même s’ils ne sont pas bascophones. La motivation des parents pour l’enseignement bilingue renforcera la motivation de l’élève dans ses apprentissages, élément capital pour sa réussite. Les parents ne parlant pas la langue basque pourront quand même accompagner leur enfant au niveau des apprentissages disciplinaires. Ils pourront toujours l’aider dans l’acquisition d’une notion en formulant leurs explications en français, l’enfant se chargeant de retranscrire en basque, sans aucune difficulté.”

Source : Guide OPLB sur l’enseignement bilingue

Gilbert Dalgalian, psycholinguiste spécialiste du bilinguisme et plurilinguisme dans le premier degré

Quel est l’intérêt d’un enseignement bilingue précoce dès la crèche et la maternelle ?

“A cette période, l’enfant a toutes les conditions requises pour acquérir une deuxième langue. C’est l’âge du langage, lequel se construit tout aussi aisément avec une seule langue qu’avec deux. Entre 0 et 4 ans, l’enfant dispose d’une capacité neuronale maximale. Celle-ci persiste jusqu’à l’âge de 7 ans. Tous les apprentissages ultérieurs transiteront par l’équipement neuronal déjà existant et construit durant la petite enfance.”

Les parents d’élèves pouvant intégrer le bilingue doivent-ils nécessairement être bascophones ?

Bien sûr que non. Et même si la transmission familiale est importante lorsqu’elle est possible, l’éducation bilingue basque-français en crèche et en maternelle est toujours efficace. Ceci grâce à la précocité de l’enseignement et à un environnement favorable proposant toutes sortes d’activités en langue basque, au même titre qu’en français. Lorsque les parents ne peuvent assurer un suivi en basque, ils aident leur enfant par la claire affirmation de leur désir d’une éducation bilingue, en montrant leur intérêt pour la langue basque, ainsi qu’en prenant le rôle d’élèves apprenant le basque auprès de leur enfant qui en sait très vite davantage qu’eux.”

Source : Guide OPLB sur l’enseignement bilingue

Téléchargez également l’article de G.Dagalian pour Ikas-bi (docPDF)
Mais aussi en vidéo sur :  www.mintzaira.fr / rubrique la langue basque / l’enseignement bilingue

« Quelques principes essentiels de l’enseignement bilingue précoce » par Jean Petit, psycholinguiste

« Être bilingue, c’est être capable de comprendre et de s’exprimer oralement et par écrit dans deux langues, et ceci dans toutes les situations de la vie privée, professionnelle et sociale.

Depuis plusieurs années déjà, un consensus s’est établi dans la recherche psycholinguistique sur plusieurs points essentiels :

  • Un bilinguisme bien conduit n’est pas nocif pour l’enfant, il constitue, bien au contraire, un facteur de développement de l’intelligence dans des domaines aussi essentiels que celui de la pensée abstraite et symbolique (apprentissage des mathématiques par exemple).
  • Sur le plan purement linguistique, l’enfant bilingue fournit à terme des prestations significativement supérieures à celles d’un enfant monolingue, et cela dans les deux langues.
  • Plus l’enfant est jeune et plus l’acquisition lui est facile. C’est là une constatation expérimentale que l’on peut renouveler quotidiennement chez les enfants de familles bilingues. Le cerveau de l’enfant est prédisposé à acquérir, par imitation et par reproduction active, toute langue parlée dans son entourage. Il l’apprend aussi aisément qu’il a appris sa langue maternelle, inconsciemment et quel que soit son Q.I. En un mot, tout enfant capable d’apprendre sa langue maternelle est capable d’en apprendre d’autres.

La stratégie universelle et innée qu’il met en œuvre pour cette acquisition simplifie la langue pour pouvoir mieux l’assimiler. Elle produit donc des erreurs qui s’éliminent progressivement et naturellement. Ces déviances constituent autant d’étapes de l’acquisition et doivent donc être traitées avec ménagement. Cette stratégie acquisitionnelle est pleinement opérante dans le très jeune âge. Si l’on attend qu’un enfant ait 6 ou 7 ans pour lui faire aborder l’apprentissage d’une deuxième langue vivante, on perd un temps précieux ».

Les explications du sociolinguiste Stéphane Borel

Invité par Ikas-Bi en 2013, le sociolinguiste Stéphane Borel, chercheur à l’Université de Genève était venu animer des conférences à Tardets, Mauléon et Lahonce. Voici les réponses qu’il apporte sur l’intérêt de l’enseignement bilingue français-basque et de l’apprentissage de la langue basque, dans un article paru au Journal du Pays Basque.

Qu’est-ce que la notion de contact entre langues et qu’apporte-elle à l’étude du bilinguisme ?

“Si l’on veut parler de bilinguisme familial ou scolaire, la notion de contact linguistique permet de partir du postulat suivant : il y a une langue sur laquelle on va construire la seconde. Le contact souligne également l’interrelation qui existe entre les langues. Autrement dit, les idiomes ne s’apprennent pas indépendamment les uns des autres et ne sont pas isolés. Ils cohabitent. Il y a alors contact.

Mais il faut dire qu’il y a beaucoup d’idées reçues et de mythes autour de cette notion de contact. Par exemple, si un locuteur dit “Eh be”, “bon”, etc., alors qu’il s’exprime en basque, on entend qu’il y a des traces du français : on assiste à un contact. Or, dans la perspective normative qu’adoptent souvent les acteurs du système éducatif, ces traces de contact de langues sont perçues négativement.

Cependant, dans une perspective didactique du bilinguisme, on perçoit cela comme une chose naturelle et cela nourrit, en outre, chacune des langues. Il est d’ailleurs possible de “didactiser” ce contact linguistique pour en faire un outil de progression pour l’apprentissage de langues par les enfants.

Dans le système immersif complet (ikastola) ou à parité horaire (Ikas-Bi), l’enfant reçoit un enseignement en langue basque et non pas uniquement de langue basque. Le succès du bilinguisme à l’école est celui qui se développe à travers des enseignements en langue, que ce soit le basque, l’occitan, le breton ou encore une autre langue. La langue de l’école est ainsi naturellement utilisée à des fins de communication.”

Quels sont les avantages de l’enseignement bilingue pour les enfants ?

“L’enseignement bilingue consiste à enseigner des disciplines dites non linguistiques à travers une langue seconde. Cela apporte une forme d’intégration entre les savoirs disciplinaires et linguistiques. C’est alors que se jouent des transversalités, où le contact de langues permet, en étant “didactisé”, d’éclairer certains concepts mathématiques, biologiques, etc.

En d’autres termes, la discipline devient un prétexte afin de mettre en pratique les langues, qui à leur tour éclairent différemment des concepts disciplinaires avec leurs spécificités, car chaque langue découpe l’univers à sa façon.

Dans le cas du basque, la syntaxe de cette langue étant particulièrement défamiliarisante pour un enfant dont la langue maternelle est le français, on note que s’opère une restructuration de la première langue à partir de la seconde. Ce jeu de connexions multiples est très positif pour le développement intellectuel de l’enfant.”

Existe-t-il des effets indésirables ?

” Il y a beaucoup de craintes liées à l’enseignement bilingue. Deux langues constituent-elles une surcharge scolaire pour l’enfant ? Prend-il du retard ? Mais, à vrai dire, ces craintes ne sont pas fondées.

Dans le pire des cas, il n’y a pas de différence significative entre les élèves qui suivent un cursus monolingue ou bilingue. En général, les élèves issus de sections bilingues obtiennent de meilleurs résultats. Prenons le cas des élèves qui effectuent un baccalauréat avec une option bilingue. Lorsqu’ils doivent passer l’épreuve de mathématiques, qu’ils ont suivie en langue régionale, on s’aperçoit que leurs résultats sont en moyenne un peu meilleurs que ceux des sections monolingues, alors même que l’examen est passé en français.”

L’enseignement bilingue, en immersion totale ou partielle, permet-il de former des locuteurs complets dans les deux langues ?

Le degré d’aboutissement des compétences est une question qui revient sans cesse. On a parfois de trop grandes exigences sur le degré de bilinguisme. On imagine que la langue seconde va être calquée ou clonée sur la première. On a souvent des attentes de double monolinguisme, ce qui n’est pas vraiment réalisable.

Un monolingue est-il un parfait locuteur ? Non, car on fait des erreurs dans sa langue maternelle, que l’on sache ou pas d’autres langues. Les attentes reposent toujours sur ce concept de locuteur complet ou parfait. Or, on ne devrait pas en faire usage, car on ne l’est pas soi-même dans sa langue maternelle. Vous qui me posez des questions et vous exprimez dans un français correct, n’êtes pas un locuteur complet dans cette langue. Je parie que vous n’êtes pas capable de m’expliquer à la fois les finesses de la cuisine grecque et le fonctionnement d’un algorithme informatique en français. C’est pourquoi je pense que la figure du locuteur complet est un mythe, que ce soit dans une ou deux langues.

Le développement des compétences en langues dans le contexte d’une asymétrie très forte entre le français, dominant, et le basque, plus résiduel, doit être proportionné aux attentes et besoins sociaux. Il en découle une répartition fonctionnelle en différents domaines : celui qui apprend les mathématiques en basque saura expliquer un problème, celui qui parle en basque avec des membres de sa famille saura s’exprimer sur des sujets de la vie quotidienne auquel il est confronté. On parle alors de langage sectoriel.

On peut ainsi développer un basque qui répond à des besoins spécifiques, alors que le français répondra à d’autres attentes.”